Le Monde selon Sasseville – Billet 8
mai 15, 2018
Martin Gaudet (496 articles)
0 comments
Share

Le Monde selon Sasseville – Billet 8

Selon mon agenda et mes cernes, j’ai un printemps occupé. J’ai donc peu de temps pour avoir une vie et observer mes semblables. Même si j’entrevois la perspective de vacances, un verre à la main, j’en suis trop loin pour sortir mon kit de plage. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de devoir me rendre à l’évidence ce samedi, alors qu’en charmante compagnie, je me dénudais sans vergogne le haut d’une épaule (le reste, je me le garde, je suis une lady) et que je m’exclamai:

« Ah ben bâtard. Y’a pus de neige à terre. »

BEN OUI TOÉ. 

Le printemps est complètement étalé dans les tulipes des voisins et je peux finalement ouvrir toute grande la porte patio « che nous » quand je cuisine. Enfin, je retrouve le bonheur d’attendrir violemment de la viande à la massue en écoutant le chant des oiseaux et le rire des enfants.

Pourtant, alors que l’envie me prend d’être contemplative sans pelisse, sans étole et le bas du visage délivré de l’emprise d’un foulard roulé trois fois, je ne puis m’empêcher de constater que les humains ne partagent pas tous mon enthousiasme. Alors que chaque degré Celsius me transforme un peu plus en petit teckel joyeux, je ne peux m’empêcher d’être confrontée au pessimisme de Pierre-Jean-Jacques, ou plutôt de Julien-Romain-Damien (oui je reste sur le Plateau Mont-Royal) qui me susurre constamment à l’oreille sa complainte du phoque dans le désert du Nevada:

« Du coup, les nuits sont fraîches! 

Du coup, on a pas encore la clim au bureau! 

Du coup, les gens sont heureux, fait chier! »

Depuis ma naissance, je ne me rappelle pas une seule damnée saison où l’intégralité de la plèbe semblait satisfait de ce que le ciel nous balance sur la fiole. Et je peux comprendre. Je peux comprendre cette contrariété, étant donné qu’on peut contrôler à peu près tout dans nos maisons. De l’intensité de la lumière à la température de l’eau, en passant par la cafetière qui part toute seule à 6h59 AM et qui nous pitche du Ed Sheeran aussi sûrement que Gino Chouinard sourit en animant Salut Bonjour, nous sommes les chefs d’orchestre de nos symphonies matinales. Dans un monde où tu peux tout demander à Siri, où tout est OK Google et où l’argent achète tout aux yeux de ceux qui n’en ont pas depuis assez longtemps pour comprendre que l’humain est faillible, je peux comprendre, oui, qu’on ait une légère tendance à se prendre pour Dieu. JE COMPRENDS CHÈRE. Pleure pas.

Le boutte où le bering me shift, c’est que, loin d’être blanche comme neige dans la rubrique « Département des Plaintes », je suis néanmoins catégoriquement allergique aux griefs concernant les choses sur lesquelles je n’ai pas le contrôle comme la météo, ma santé générale ou le temps d’antenne accordé à Richard Martineau. 

Donc cette semaine, j’ai décidé de jouer les Miss Météo et de vous servir des fiches techniques des différentes saisons, voir microclimats, que nous expérimentons chaque année au Québec. Spoiler alert: sans surprise, c’est pas mal toujours les mêmes, dans le même ordre et elles ont statistiquement encore pas mal la même durée. « Ah l’hiver est long c’t’année! », c’est peut-être vrai dans ta tête Gisèle, mais pas selon Stats Can. Remercie-moi pas.

Le printemps

Surnom: Câlisse y’était temps!

Caractéristiques principales: ça sent. En général, ça sent. Quoi, on le sait pas, pis on est pas sûrs qu’on veut savoir.

Qualités: fleurs, bourgeons, bébés écureuils qui mangent les fleurs et les bourgeons.

Défauts: saleté, boue, animaux morts de l’hiver qu’on retrouve momifiés dans le parc Lafontaine… c’est encore des écureuils. 

On l’aime parce que…

Tout le monde est tellement beau en vêtements légers sous la lumière de ce délicieux soleil.

On l’haït parce que…

On est pas forcément meilleur pour cruiser parce qu’on est pleins d’hormones, N’EST-CE PAS ISABELLE.   

L’été

Surnom: Criss qu’il fait chaud!

Caractéristiques principales: le soleil brille, il fait chaud, c’est les vacances et les gens sont toujours pas satisfaits.

Qualités: la baignade, les vacances, les soirées qui s’étirent à boire des mojitos.

Défauts: quand t’as pas de piscine, pas de vacances et que tes flots sont impossibles à coucher, t’as juste hâte à septembre pendant trois mois. 

On l’aime parce que…

Tout le monde est plus relaxe, plus willing de faire des activités et on a plus de temps pour les amis.

On l’haït parce que…

Être propre est un combat et on compense souvent en essayant juste de sentir bon. Prendre une douche l’été, c’est juste être mouillé différemment. 

L’automne

Surnom: Ciboire Martin, pars le chauffage!

Caractéristiques principales: le moment où tout le monde a l’air de sortir de la semaine de la mode. C’est le moment idéal pour commencer à tricoter un foulard que tu finiras jamais.

Qualités: LES FUCKING COULEURS PARTOUUUUUUT!

Défauts:  les courges, les recettes à base de courge, se rendre compte qu’on sait pas cuisiner la courge. 

On l’aime parce que…

C’est le retour du cocooning, des soirées télé et d’arrêter de suer comme des cochons en faisant l’amour.

On l’haït parce que…

La première semaine de retour à l’heure normale, les filles ont toutes ce regard de peur de se faire violer dans une ruelle. Maudit qu’il fait noir de bonne heure.

L’hiver

Surnom: Tabarnak

Caractéristiques principales: Noël, et ensuite en moyenne 200 à 280 cm de neige chaque année.

Qualités: deux semaine de vacances drette en partant, l’absence d’insectes, la féérie.

Défauts: la semaine de relâche qui n’est pas une relâche, le tabarnak de vent dans face, être la seule dans son bloc qui pellette des marches.

On l’aime parce que…

Ça a l’air d’une carte postale.

On l’haït parce que…

Tout le monde va dans le Sud pendant la relâche sauf moi.

J’vas être au bar.

Commentaires

Commentaires

Martin Gaudet

Martin Gaudet

Comments

No Comments Yet! You can be first to comment this post!

Write comment