Le monde selon Sasseville – Billet 2
janvier 21, 2018
Martin Gaudet (517 articles)
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Le monde selon Sasseville – Billet 2

Je viens de sortir d’un rhume.

J’ai aucune raison de me plaindre. Ma chum de fille a commencé l’année avec grippe pis un empoisonnement alimentaire deux jours avant ses règles pis elle s’est tapée une migraine en même temps. By the way, props Chaton d’avoir survécu, après ça, si tu nages pas dans l’bonheur, j’pense que tu peux actionner la vie.

Un rhume, c’est aussi ordinaire qu’un sandwich au baloney. Tu mouches pis tu tousses. Toute goûte ce que tu mouches pis ce que tu tousses. Mais surtout, personne a vraiment pitié parce que tout le monde est enrhumé. On s’entend, quand tout le monde pogne Ebola, y’a un petit vent de panique, mais les gens ne meurent pas du rhume. Faque personne te plaint, personne te réconforte, personne te cède sa place dans l’autobus. Et c’est la pire injustice. Avoir le rhume, c’est devenir un millenial de 19 ans avec un iPhone pus de batterie.

Je suis pas mal convaincue que je suis pas la seule qui aime ça faire un peu pitié quand elle est malade. Je ne suis aussi certainement pas la seule non plus qui a vite épuisée ses ressources de gens disposés à venir me flatter les cheveux quand je morve. À 32 ans (27 US), j’ai passé l’âge d’implorer ma mère de venir me brasser une Lipton poulet et nouilles pis un Kraft Dinner extra poivre ou de m’écraser des pilules dans du Nutella. J’ai aussi développé l’orgueil nécessaire pour ne pas demander de l’aide à une amie ou pire! un homme avec qui j’aurais des rapports. C’est tellement facile de faire passer de de l’orgueil pour de l’altruisme en disant: « Oui mais je veux pas te donner mes microbes! »

Dans l’intérêt général d’un public toujours avide de divertissement, permettez-moi de vous résumer ici chronologiquement les temps forts de ma maladie:

Jour 1: Les premiers signes

Pour ceux qui ont des vies occupés et une tendance à l’hypocondrie, le moindre mal de gorge met sur le gros nerf autant sinon plus qu’un test de ITS. En ce moment, j’ai un niveau d’occupation moyen, mais j’ai quand même paniquée quand je me suis rendue compte que ma tête semblait progressivement se remplir de mucus. Mon BFF est venu me porter des grosses pilules turquoises (pas celles-là, les autres, bande de vicieux!). Je me suis ensuite garochée à l’épicerie pour faire provision de quelques essentiels: Lipton, soupe aux pois, jus de tomates, Jell-O aux cerises. J’aurais ben ramené de l’eau, mais j’en ai gratis dans ma cuisine. C’est important de pas perdre de vue que la meilleure manière de se débarrasser des virus, c’est la même que pour se débarrasser des mulot sur un ferme en 1802: faut les noyer.

Jour 2: L’agonie

C’est comme une loi universelle: la deuxième journée de n’importe quelle affliction est toujours la pire. Fièvre, toux, irritation de mes ailes de nez au point où elles auraient pu servir de point de repérage au sol durant le décollage d’un avion, j’ai rarement eu aussi mal aux muscles en ayant fait absolument aucun sport, incluant déménager quatre électros ou faire l’amour dans un véhicule automobile. Ma table de chevet était submergée de Kleenex, de verres d’eau et de Vaseline: dans n’importe quelle chambre d’adolescent, on pourrait considérer ça comme les vestiges d’une soirée réussie sur une connexion internet sans contrôle parental.

Parenthèse nécessaire: dans un de mes épisodes délirants, j’ai eu une pensée pour toutes les mères de famille enrhumées. Submergées de charge mentale, elles prennent leur grabat et marchent, leur plus vieux sur les talons et leur plus jeune aux mamelles, en direction d’une boîte de Kleenex pendant que leur monsieur, ébaubi de modernité, trouve quand même le moyen de demander qu’est-ce qu’on mange ou de brûler la lasagne d’urgence, parce que OUI, on a des surgelés d’urgence quand on a l’organisation d’un ménage sur les épaules, bande de pleutres! Si moi je trouve que c’est difficile de pas pouvoir faire pitié, elles, la première minute après l’expulsion du premier rejeton, elles se sont dit: « Bon ben la prochaine fois que quelqu’un va me prendre en pitié, je vais être mourante. » Bravo les femmes, j’ai littéralement AUCUNE IDÉE de comment vous faites. Respect.

Jour 3: La disparition

On dit que c’est seulement quand on perd quelque chose qu’on réalise à quel point on y tenait. C’est ce qui s’est produit avec mon sens du goût le troisième jour. C’est difficile de déterminer si on prend du mieux quand la seule différence qui fait qu’on distingue une poire d’un Ficello, c’est la texture. J’ai tout de même trouver l’énergie de bingewatcher des séries et de presque buster mon forfait internet. C’est difficile de pas considérer ça comme de l’espoir.

Jour 4: La lumière au bout du tunnel

C’est la journée où on se dit en bombant le torse « Ce rhume est derrière moi, suck it up virus de marde! » et où on recommence à faire des choses de manière normale. Moi ça s’est résumé par un grand ménage et trois sacs de recyclage aux poubelles; oui il me restait des notes de cours de Cégep, et là c’est vraiment fini. Pas vrai que je vais déménager ça une deuxième fois.

Jour 5: Le retour de la noirceur

J’ai payé de mon insolence le cinquième jour comme si un éléphant m’avait passé dessus. Avec sa famille. Une douzaine de fois. Regrets, remords, Jell-O aux cerises. Bref retour des grosses pilules turquoises.

Le reste se résume en un rétablissement prompt et efficace de quelques jours qui mérite pas plus d’attention que les tentatives de Michèle Richard de faire parler d’elle dans le 7 Jours. Ceci dit, il y avait moins de délires fiévreux dans mon rétablissement.

Maintenant que mon sens du goût est revenu, j’vas être au bar.

À propos d’Isabelle:
Isabelle a 27 ans depuis déjà 5 ans et entame sa deuxième année d’activité sur la scène humoristique montréalaise.

À part faire semblant de boire un verre derrière des acteurs plus connus qu’elle, elle n’avait pas fait grand chose de son diplôme du Conservatoire d’art dramatique de Montréal depuis sa sortie en 2008. 

Dans l’espoir de se sortir d’une (pénible) réorientation de carrière en administration, Isabelle a renoncé à jouer Phèdre et s’est inscrite pour la première fois aux cours du soir de l’École Nationale de l’Humour en 2016. 

Depuis, elle est secrétaire le jour, comique le soir et dort la plupart de ses weekends. Entre l’écriture de blogue et le stand up, elle dit vouloir essayer de maintenir une vie sociale, mais elle songe sérieusement à revoir ses objectifs à long terme.

 

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