Le monde selon Sasseville – Billet 4
février 20, 2018
Martin Gaudet (583 articles)
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Le monde selon Sasseville – Billet 4

Cette semaine, j’ai vu un enfant faire une crise dans un centre commercial. Pas juste deux trois larmes là, nenon madame. Je t’analyse ça trente secondes parce que moi ma chère, j’ai fait ça du théâtre professionnel et laisse-moi te dire que cet enfant-là avait toutte qu’un talent d’interprète. 

Il a commencé par te high-pitcher un solide contre do avant d’ouvrir les valves, tel Élise Guilbault dans un film de Bernard Émond. À force de chercher son air, il a commencé à rougir de la face et la morve s’est mise à lui couler du nez, dans une rafraîchissante absence de pudeur qui m’a personnellement rappelé la fougue d’un jeune Daniel Day Lewis. Dans une maîtrise totale des paramètres de son casting, le bambin a habilement profité de son manque de contrôle de sa vessie pour  passer d’une position debout à une confortable position au sol, en se laissant carrément choir sur sa couche, évitant ainsi toute blessure. Toujours en hurlant, il s’est laissé tomber vers le plancher et a commencé à agiter ses membres dans toutes les directions. Il a eu le génie de se mettre en scène en face du stand à crème glacée, ce qui fait que les curieux n’ont eu qu’à associer le lieu à l’action pour comprendre l’ampleur du drame auquel ils ont assisté. Bref, une savoureuse allégorie performative sur le thème du manque. WATCH TOÉ ROBERT LEPAGE.

Même si les ovaires me sèchent dès que j’entends des cris d’enfants, je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un regard compatissant à la pauvre maman qui devait dealer avec la furie. Peu importe sa réaction, Super Maman a toujours le doigt dans l’engrenage perpétuel du jugement. Si elle cède, elle va se faire juger parce qu’elle a cédé à un caprice. Si elle ne cède pas, elle va se faire juger parce que l’enfant crie. Si elle essaie de consoler l’enfant et qu’elle échoue, elle va se faire juger parce que c’est pas tout de vêler pendant dix heures, si t’es pas capable de faire taire ton petit trésor en trente secondes, t’es la pire des catins. Si elle le laisse faire sa crise en l’ignorant, elle va se faire juger parce qu’ « on laisse pas un enfant pleurer par terre de même voyons donc Yolande, j’avais jamais vu une affaire de même! » Pis si elle décide de partir avec l’enfant… voyons, comment on fait déjà pour quitter un lieu public avec un enfant qui crie et qui se débat sans se faire mal ni lui faire mal? On avait pas appris ça dans nos cours d’économie familiale, juste après l’atelier de couture?

Ce qu’on ne réalise pas mes p’tits cupcakes au citron, c’est que globalement comme espèce, on a quand même mozussement raffiné nos techniques d’éducation. Il y a à peine cinquante ans, il était inconcevable d’élever un individu à peu près correct sans l’avoir frappé au moins une fois. Il y a cent ans, on emmaillotait les bébés aussi serrés que les burritos d’un cuisinier sur le speed. À une certaine époque, on éduquait les enfants avec des contes. Sur fond de guide pratique pour éviter les pédophiles, on leur apprenait, l’honnêteté, la discipline, l’amour. 

Ce qui nous en reste aujourd’hui par contre est aussi questionnable que la présence de Gilbert Rozon dans n’importe quel évènement jusqu’à sa mort. Suis-je la seule saprée folle qui a mal à ses contes? Les enfants de ma cousine commencent à lire les contes de fées classiques, et rien de mieux que de les relire pour voir à quel point c’est une sainte horreur. Voici donc mon analyse des pires contes. Attache ta tuque ma Guerda, ça fesse :

 

1 – La Petite Sirène 

Ariel la sirène a tout pour être heureuse; elle a une voix de gagnante de Star Académie et Pôpa est le roi de l’océan. Un jour, elle tombe amoureuse (eh misère) d’un prince humain (câlisse). Afin de pouvoir le rejoindre sur la terre ferme, elle se fait « poser des jambes » par une sorcière, en échange de sa voix. On suit donc l’aventure d’une pauvre fille qui abandonne tout ce qu’elle connait et chérit pour essayer de séduire un gars qui se prend pas pour une mâchée de gomme et qui adore sa compagnie parce qu’elle dit pas un mot. On dirait la prémisse d’Occupation Double. Dans le film de Disney, ils finissent ensemble. Dans la vraie histoire, (aka LA VRAIE VIE), Ariel devient servante et le Prince marie une femme de son rang. Les sœurs d’Ariel lui remettent un poignard magique qui la retransformera en sirène si elle tue le Prince dans son sommeil. Par amour, elle choisit finalement de se suicider.

Morale de l’histoire : Heille Mama, quand t’as 14 ans pis que ta vie rock, criss pas toute là pour un garçon, pauvre épaisse!

Sous-morale: Tout le monde est heureux sous l’océaaaaaaan!!! (les chansons du film étaient vraiment nices)

 

2- Boucle d’Or

Ah, les enfants blonds! On leur pardonne toute aux enfants blonds. Qui n’a pas déjà eu un insupportable cousin blond qui brise tes jouets à chaque visite (oui oui Carmen, c’est de ton plus jeune que je parle, le p’tit criss qui a pété ma corde à danser!) Pourquoi certaines personnes ne se lassent jamais d’entendre des phrases comme « Yé tu cute le p’tit vlimeux, y’a flushé tes perles Solange! ». Mystère! Mais à une certaine époque, quand tu voulais éduquer en même temps tes enfants sur la superficialité et la discrétion, Boucle d’Or was the shit. C’est l’histoire d’une petite bouclée qui se perd en forêt. Pas bouleversée pour deux cennes, elle trouve la cabane abandonnée d’une famille d’ours où elle mange leur porridge, casse leur mobilier et dort dans un de leurs lits. Quand les ours la trouvent, elle se sauve, effrayée. Dans la vraie histoire, ils la tuent. Ceci dit fair enough; si tu viens délibérément mettre ton odeur de swing de traversage de forêt dans mon édredon, tu mérites de mourir.

Morale de l’histoire : ON RENTRE PAS COMME ÇA CHEZ LES GENS.

Sous-morale : pour un ours, blonde pas blonde, t’es un souper.

 

3- Blanche-Neige            

La nouvelle femme du roi est jalouse de la beauté de Blanche-Neige, sa belle-fille de 13 ans (LOURD). Sur les conseils de son miroir magique (oui madame !), elle envoie Blanche Neige dans le bois avec un chasseur pour qu’il la gun. Comme c’est pas simple de tirer une jeune fille dans face, il la perd dans l’bois ou elle rencontre sept frères de petite taille (parce qu’on est en 2018) qui travaillent dans une mine, pis qui l’engagent pour torcher. Belle-maman la retrouve et trois fois, elle essaie de la tuer avec des cadeaux empoisonnés. Bref, elle finit par se faire pogner avec une pomme empoisonnée, pis les nains exposent le cadavre de Blanche Neige à côté de la maison. Un prince qui passait par là se dit: « Hum, sept nains qui veillent une adolescente morte? Qui ne dit mot consent, me semble que je suis dû pour frencher.  » Et le baiser du prince la ramène à la vie pis Blanche-Neige part avec lui. Dans la version de Disney, les nains y’ont toutes des noms qui les définissent. Dans la bunch, y’en a un qui s’appelle Joyeux. Joyeux criss! Yé de bonne humeur. Tout. Le. TEMPS. Quand tu passes une mauvaise journée, y’a Joyeux qui arrive, qui te regarde avec ses grands yeux rieurs pis qui te dit « C’est pas grave mon amour, demain ça va aller mieux. Viens, on va aller nourrir les bébés chevreuils dans cour. » BAM ! Joyeux là, c’est pas juste un nain, C’EST UN MODE DE VIE ! Y’a une job stable, une belle maison, y’a le sens de la famille, pis a part quand même avec le Prince?!?! Really fille?!?!

Morale de l’histoire: la jalousie c’est laid. 

Sous morale : Si un Prince te frenche alors que t’es déclarée morte, pour l’amour du ciel, donne une chance à Joyeux!

J’vas être au bar.

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