Le Monde selon Sasseville – Billet 6
mars 19, 2018
Martin Gaudet (583 articles)
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Le Monde selon Sasseville – Billet 6

Bonjour, moi c’est Isabelle et j’haïs la Ronde.

J’entends déjà une voix pleine de jugement s’exclamer : « Oh mon Dieu, check-moi Capitaine Longue-Nuit-Frette qui a perdu son cœur d’enfant! »

J’ai jamais eu de cœur d’enfant, fille. J’ai passé mon enfance à attendre que mon enfance passe et si c’était à refaire, je réemprunterais la même route parsemée de noirceur et de littérature de qualité. Pis mes nuits sont toutes sauf frettes, parce que j’ai les meilleures couvertures du monde, que j’ai magasiné pendant que j’étais pas en train d’attendre en file à la fucking Ronde!

Parce que outre le fait que la bouffe est trop chère, que les jeux de hasard sont arrangés pis qu’il y a trop d’enfants bourrés de sucre lâchés lousses dans la nature, attendre des heures pour trente secondes de fun sur une ride de montagnes russes qui sent le régurgit d’orange Crush, c’est zéro ma description du bonheur. J’ai déjà eu une tourista plus l’fun que toutes mes expériences à la Ronde combinées.

Je suis pas mal sûre que j’aurais le même feeling dans n’importe quel parc d’attractions. Je fais pas la file dans la vie moi. Si je veux quelque chose à ce point-là, je m’y prends d’avance. J’attends en ligne pour une seule chose : l’expérience artistique. Le show qui passe juste une fois, le comique qui fait un set à Montréal pis qui reviendra pas avant 10 ans, l’affaire de fous que je veux voir le plus proche possible parce que YOLO CÂLISSE! Oui. Pour l’art, je vais attendre.

Mais pour la vie en général, no way. J’en ai déjà fait un, un coma. Je vais pas commencer à recréer cette impression désagréable de pas avoir le contrôle de mon corps en attendant avec des inconnus quelque chose qui arrivera jamais.

C’est pour ça que je vous ai fait une petite funny-fun-fun liste des endroits où la file est inévitable et mes meilleurs trucs pour l’éviter, car oui, je suis ce genre de personne semi-désagréable qui triomphe du quotidien. 

Aux cabines d’essayage 

J’ai juste une chose à vous dire : samedi matin, dix heures. C’est le temps idéal pour magasiner quand tu veux la paix. Les ados qui piaillent à un volume qui rendrait fou n’importe quel chien errant arrivent aux environs de midi, ça donne deux heures de tranquillité pour dévaliser le H&M. Par contre, pour éviter toute cette pétillante jeunesse qui magasine avec l’argent de leurs vieux, il faut être prêt à sacrifier du sommeil matinal. Perso, quand mon vendredi soir se résume à plier ma brassée de foncé, j’ai aucun scrupule à consacrer mon samedi matin à me maquiller dans la pénombre pour être la première à profiter des soldes. Je l’ai toujours dit : si tu essaies un morceau de linge et que même cernée, tu te dis « Arrangée d’même, j’me ferais un enfant », tu jetteras pas cette guénille-là avant un méchant boutte.

Aux toilettes

Difficile d’éviter la file des toilettes, particulièrement parce que c’est un besoin de base, au même titre que manger, dormir et faire des commentaires sur OD. Dans un bar, si on veut un jour espérer soulager sa vessie, il faut être constamment à l’affût de l’achalandage et choisir le moment où il y a le moins de monde pour y aller (oui, je pourrais vous dire de boire moins, mais quel genre de monstre je serais!) Dans les salles de spectacles ou les cinémas, l’idéal, c’est toujours de s’asseoir un peu plus à l’arrière, près de l’allée. Y’a deux types de personnes qui font ça: les médecins sur appel et les gens prévoyants qui ont peur de pas savoir gérer leurs fluides. Si tu veux passer pour un médecin, tu peux toujours sortir ton téléphone, l’air pressé en quittant pour les toilettes. Seul inconvénient: si tu veux pas ruiner ta couverture, tu peux pas vraiment revenir dans la salle après coup.

Chez Starbuck’s 

Je serais plus patiente si Zooey-Lynn à la caisse savait écrire mon nom comme du monde. Même si tu oublies le « le » à la fin, c’est cool fille. Juste, arrête de mettre un Z à la place du S. Surtout quand je l’épelle. Je sais que tu travailles ton français depuis que t’as rencontré un Jean-Philippe vraiment cute à Concordia, mais essaie plus fort.

Dans les établissements de santé

Je suis une habituée des hôpitaux. Ça te semble loin jeune fille, mais tu vas voir qu’au fur et à mesure que ton corps va arrêter de produire ce PRÉCIEUX COLLAGÈNE, y’a des morceaux qui vont commencer à lâcher. Clairement, quand tu vas rentrer dans un hôpital pour la première fois, tu vas te rendre compte qu’il y a deux types d’hôpitaux: celui qui a pas le temps de te recevoir, pis celui qui a pas le temps de te recevoir mais qui va pas te faire chier avec ça et qui a installé une roulette de numéros. Ce système-là fait que tu peux prendre un numéro et t’asseoir pour lire, texter, tricoter ou fixer le vide, des activités qui sont bien moins agréables à faire debout dans une file, entre deux madames qui toussent.

 Dans les restaurants branchés

Quand je vais chercher mes viennoiseries sans gluten au cœur de mon chic Plateau, je passe régulièrement devant ce resto populaire où les gens font la file pour le brunch. Soyons sérieux, on a tous déjà attendu dix minutes pour des œufs bénédictines, mais dans cet endroit, l’attente dure parfois plus d’une heure. Plus d’une heure pour de la protéine et des fruits sculptés, me niaisez-vous? Soyons bien clairs mes petits Oreo double crème : pour que je tolère une heure d’attente dans un resto à Montréal, la ville où l’offre alimentaire dépasse celle de New-York, faut que le pain soit fait sur place par le dernier descendant des Mayas et que les œufs sortent directement du cul d’une poule en or. Sinon, je vois absolument pas l’intérêt d’attendre sur le trottoir à moins quinze avec une gang de banlieusards qui trépignent à l’idée de boire leur café dans la même ambiance de club dans laquelle ils ont frenché la veille. Personnellement, je vois pas pourquoi j’irais me taper un spécial « Cabane à sucre » à trente-deux dollars qui se résume à du bacon avec des tranches de pommes servis sur une planche de bois maculée de sirop d’érable. Faque je vais ailleurs. N’importe où ailleurs.

J’vas être au bar. 

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