T.D. Bouchard trahi par son biographe
octobre 7, 2013
Daniel Laprès (42 articles)
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T.D. Bouchard trahi par son biographe

Il y a quelques temps, j’avais consacré environ deux ans à la traduction d’une biographie de T. D. Bouchard, qui à mon avis était l’un des plus grands hommes politiques que le Québec aura produits au cours de la première moitié du 20e siècle. La biographie est parue il y a quelques mois, mais vous ne verrez à l’intérieur aucune mention de mon nom en tant que traducteur.

Pourquoi donc ? Tout simplement parce que j’avais formellement exigé de ne pas voir mon nom associé à la trahison ni au détournement grossier que l’auteur s’apprêtait à faire de tous les combats de T. D. Bouchard, un personnage historique bien de chez nous et pour lequel j’éprouve une réelle affection. Ce que l’auteur a eu l’infamie de déclarer au lancement du livre, il y a quelques semaines à Saint-Hyacinthe, a puissamment confirmé mes appréhensions.

En effet, on peut lire dans l’édition du 26 septembre du Courrier de Saint-Hyacinthe ces propos tenus par l’auteur, Frank Guttman : «L’étude de la vie de M. Bouchard est tellement à propos ces jours-ci. Il aurait été farouchement contre ces propositions du Parti québécois qui ne font que créer des divisions dans la société. T.-D. s’est toujours opposé aux séparatistes et a défendu le droit des étrangers qui étaient, à l’époque, des Juifs. Je suis certain qu’il aurait défendu les immigrants de la même façon de nos jours. »

Derrière leur angélisme apparent, ces propos sont profondément démagogiques, malhonnêtes, honteux même. D’abord il s’agit d’un grotesque détournement de sens quant à ce pour quoi T.D. Bouchard a lutté toute sa vie, dont en très grande partie la séparation de la religion et de l’État, donc la laïcité même dans sa version française qu’appuyait T. D. Bouchard mais qui est stupidement dénigrée par les bien-pensants néo-cléricaux d’aujourd’hui, comme Frank Guttman se révèle en être un.

T. D. Bouchard était en effet un disciple de l’esprit des Lumières qui luttait contre l’obscurantisme, contre la femmophobie et contre le fanatisme religieux. Il était l’ennemi juré de toutes les superstitions, d’où d’ailleurs son surnom de « Diable de Saint-Hyacinthe ». Pour lui, il n’y avait pas la moindre ambiguïté : la religion et le surnaturel n’avaient rien à faire dans l’État, et les soutanes c’était pour les presbytères et non pour la fonction publique.

Laisser entendre, comme le fait vicieusement et sottement Frank Guttman, que T. D. Bouchard serait aujourd’hui contre l’actuel projet de charte des valeurs, dont la laïcité est l’une des composantes les plus essentielles et qui est d’ailleurs celle qui fait réagir le plus les islamistes femmophobes et fanatiques qui défilent dans nos rues ces temps-ci sous la houlette de l’islamiste radical Adil Charkaoui, constitue un grossier détournement de sens, de même qu’une basse et répugnante manoeuvre de récupération politique partisane.

On constate d’ailleurs cette partisanerie indécente par le fait que Guttman, un gauchiste notoire et supporteur du NPD, a traîné avec lui, de manière grossièrement opportuniste, son « ami » Thomas Mulcair, chef du NPD, qui lui aussi y est allé d’une tirade frénétique de récupération partisane de l’héritage d’un T.D. Bouchard dont tous les combats n’avaient pourtant strictement rien à voir, ni de près ni de loin, avec l’idéologie étatiste, multi-tribaliste et pro-charia que prône le NPD (car oui, le NPD appuie l’introduction de la charia dans notre système jurifique, de même que le port du voile femmophobe dans la fonction publique).

Donc, ce parfum de récupération partisane a de quoi donner la nausée.

Guttman prétend que T. D. Bouchard serait aujourd’hui contre le projet de charte des valeurs parce que celui-ci ne ferait, selon lui, que « créer des divisions dans la société ». Voilà un raccourci bien aberrant. Quand T. D. Bouchard s’en prenait aux cléricaux qui dominaient la société québécoise de son temps, il ne reculait aucunement devant ceux qui l’accusaient allègrement de « diviser la société ».  Son fameux discours inaugural au Sénat, en 1944, lui a d’ailleurs valu de telles accusations de la part du cardinal Villeneuve, primat de l’Église canadienne, de même que de la part de son propre chef politique, le premier ministre Adélard Godbout, qui pour cette raison lui a retiré son poste de président d’Hydro-Québec (que Bouchard avait largement contribué à fonder).

Donc, « diviser la société » pour le bénéfice de son réel progrès n’a jamais fait reculer le polémiste redoutable, opiniâtre et combatif qu’était T. D. Bouchard. Mais son indigne biographe déforme cette réalité au profit de son idéologie bien-pensante, étroite et sectaire.

Guttman détourne aussi le sens de l’engagement sincère, réel et courageux de T. D. Bouchard en faveur des immigrants. C’est que Guttman, conformément à l’idéologie de sa tribu partisane, confond délibérément l’immigration avec le fanatisme religieux, en particulier celui d’obédience islamiste. Jamais T. D. Bouchard n’a appuyé quelque fanatisme religieux ou idéologique que ce soit. Bien au contraire, il combattait farouchement tout ce qui pouvait ressembler à l’obscurantisme et à la femmophobie.

T. D. Bouchard défendait certes les Juifs, et en cela tous les Québécois peuvent trouver un motif de fierté. Mais ce n’est pas la frange la plus fanatique et sectaire du judaïsme religieux qu’il défendait, mais les Juifs en tant que peuple, particulièrement quand ce peuple était persécuté par les nazis génocidaires et leurs alliés islamistes. De laisser sous-entendre qu’aujourd’hui T. D. Bouchard se porterait à la défense des islamistes qui propagent chez nous la femmophobie, l’homophobie, l’antisémitisme, l’obscurantisme et l’arriération, comme n’hésite pourtant pas à le faire Frank Guttman, est particulièrement répugnant et ignoble.

Oui, T. D. Bouchard défendait les immigrants, c’est-à-dire ces gens qui, à l’instar de notre compatriote Karim Akouche et de nombreux autres aujourd’hui, choisissaient à l’époque de s’établir au Québec en tant que terre de liberté, et non pour y imposer leur obscurantisme, leur femmophobie, leur homophobie, leur totalitarisme, leur arriération, leur antisémitisme, comme le font aujourd’hui ces islamistes que, par pure bigoterie bien-pensante, soutient servilement le falsificateur et néo-clérical Guttman, qui, piétinant les idéaux de T. D. Bouchard, se met du bord des éteigneurs des Lumières et des liberticides les plus virulents.

Par exemple, T. D. Bouchard a lutté pendant des décennies, à l’instar de son ami l’écrivain et journaliste Jean-Charles Harvey, pour l’émancipation et la libération sexuelle des femmes. C’est même lui qui, au parlement de Québec, a mené durant des décennies le combat pour le vote des femmes, jusqu’à son aboutissement victorieux en 1940. Quand on fréquente les écrits et discours qu’il a produits sur l’égalité entre hommes et femmes, on se rend bien compte, à moins d’être profondément malhonnête intellectuellement ou biaisé par la bigoterie idéologique comme l’est Guttman, que T.D. Bouchard aurait sans aucun doute été un opposant farouche au port du voile islamique, particulièrement au sein de la fonction publique, étant donné le fait que ce torchon, essentiellement femmophobe, concrétise le contrôle du corps de la femme qu’il réduit à sa fonction sexuelle.

Devant tout cela, je dis : « Honte à Frank Guttman ». Parce que quand on a fréquenté comme je l’ai fait, depuis des années, les écrits et oeuvres de T. D. Bouchard, et que l’on s’est pris, à force de s’en inspirer, d’un profond attachement pour l’homme noble, éclairé et courageux qu’il était, on ne peut que se sentir profondément insulté et dégoûté par l’indécent détournement et par l’indigne récupération partisane que Frank Guttman est en train d’opérer sur l’héritage d’un leader politique qui était de tous les combats contre l’obscurantisme en plus d’avoir été le principal champion québécois au 20e siècle de la séparation de la religion et de l’État.

Mais l’injure et la trahison commises par le falsificateur Guttman seront avant longtemps réparés. En effet, il s’adonne que je suis maintenant éditeur, et que j’ai décidé de publier les Mémoires de T.D. Bouchard. Dans la présentation de l’ouvrage, j’inclurai une mise au point détaillée au sujet du détournement de sens imposé par Guttman.

De cette manière, donc, les chercheurs de l’avenir pourront comparer, et je suis profondément convaincu que les faits les amèneront à distinguer le disciple des Lumières et anti-bigot T.D. Bouchard du partisan de la propagation de l’obscurantisme et de la femmophobie qu’est son indigne biographe.

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