L’éducation en question
septembre 5, 2013
0 comments
Share

L’éducation en question

De mes amis, je suis l’une des seuls a ne pas être à la fac. Tous ou presque, sont au niveau Master avec une prédominance pour les sections de la gestion et du management : management international, marketing, finance…

Depuis le baccalauréat, je savais que j’allais à l’université pour intégrer le M. Sc. Management International. L’intitulé des cours me faisait rêver : Relations Internationales, Stratégie de l’internationalisation, Analyse financière… A coup sûr, j’allais apprendre des choses utiles et deviendrais une bête académique. Ma désillusion fut grande quand je me suis aperçue que l’enjeu n’était pas réellement l’apprentissage.

La cage aux lions

Souvent, en cours magistral, on nous lançait :

Vous êtes 80. On en prendra qu’une dizaine en deuxième année. D’ailleurs, si votre moyenne est inférieure à 12, n’essayez même pas de vous présenter.

Aouch ! Le ton était donné. Si on ne faisait pas parti des meilleurs, pas de Master 2, pas de diplôme, pas de boulot. Il fallait se démarquer, élaborer une stratégie et passer devant tout le monde.

Certains jouaient les lèches-bottes auprès de la responsable du Master 2. D’autres s’arrangeaient pour trouver les cours et corrigés des années précédentes. Certains même récupéraient les travaux de leurs prédécesseurs et les présentaient en exposé. La bataille faisait rage et ce n’était ni le plus rigoureux, ni le plus discipliné qui remporterait la victoire, mais le plus rusé.

Enseignement supérieur : l’obligation sociétale

J’ai grandi dans une famille modeste et fus la première de la lignée à être diplômée de l’enseignement supérieur. En plus de ça, j’avais eu la chance de partir en France. Enfant, j’avais énormément de pression. On me disait que toute la famille comptait sur moi ; il ne fallait pas que je les déçoive. J’avais une chance incroyable que je ne pouvais pas gâcher. Il fallait que je sois diplômée, que j’aie un salaire de ministre. On m’avait inculqué ça et cette obsession m’a suivi un bon bout de temps.

A l’époque, je venais déjà de passer trois ans dans l’enseignement supérieur pour décrocher ma licence, et je m’engageais pour encore deux ans. Ayant toujours porté une grande importance aux temps, je me demandais si je n’étais pas entrain de perdre le mien. Est-ce-que je voulais encore passer deux années à user les bancs de la fac et ne rien apprendre que je ne puisse découvrir par moi-même ? Surtout, serai-je psychologiquement capable d’endurer encore deux années ?

A quoi sert l’éducation ?

La rumeur veut que l’Homme sans diplôme soit idiot. On nous élève en nous bourrant la tête de supercheries sur la nécessité d’avoir un diplôme pour réussir professionnellement. A vrai dire, on nous bourre le crâne partout et en permanence.

A l’université, on nous parlait de la mondialisation et des innombrables opportunités qu’elle avait permis. On nous citait la Chine, la Russie, les Dragons, les Tigres et Bébés Tigres. On nous parlait des croissances à 10% grâce à l’abattement des frontières. De l’émergence des classes moyennes dans les pays en voie de développement grâce au commerce extérieur. Mais on ne nous parlait pas des pays laissés en marge de ce processus formidable. On ne nous expliquait pas les contrecoups et les externalités négatives liés au libre-échange. Ni de la position de force des pays développés sur ceux qui le sont moins. Ni des lobbies et de leur pression sur les Etats.

Ce n’était qu’une fois définitivement sortie des amphithéatres, et en parcourant les livres des économistes contemporains, que je me suis rendue compte qu’on ne nous présentait pas toutes les facettes des choses.

L’enseignement que je vivais à l’époque, était loin de l’idée que je m’en faisais. Selon moi, l’éducation devait être un outil pour stimuler notre logique et notre bon sens. L’enseignement devait nous pousser à la réflexion. Elle devait nous donner les outils, les informations et les connaissances nécessaires pour que nous puissions réfléchir par nous-mêmes. Elle devait nous aider à faire émerger notre propre jugement sur les conflits. L’éducation devait nous rendre libres. Mais comment réfléchir par soi-même quand depuis toujours on nous bourre le crâne d’idées préconçues ?

L’école vs. l’entreprise

Je suis sortie des bancs de la fac sur cette pensée. A mon entrée dans la “vie active”, j’en appris ses règles. En y repensant, mon premier entretien d’embauche était ridicule. Pendant la moitié du temps, j’énonçais fièrement mes diplômes, les cours que j’avais eu à l’université et mes résultats d’examens. J’insistais sur mon parcours éducatif et sur le fait que j’étais bonne élève. Mais je n’impressionnais personne.

Puis on m’a demandé :

Que sais-tu faire concrètement ?

A l’époque, je postulais pour une startup américaine spécialisée dans le marketing. En plus du marketing, il fallait avoir des connaissance en informatique. J’avais eu des cours de VB, SQL et Merise. Durant deux ans d’ailleurs. Mais j’étais incapable d’expliquer d’un point de vue pratique ce qu’on m’avait enseigné.

Quand je suis partie après quelques mois, j’avais davantage appris sur le monde de l’entreprise qu’en une année d’université. Simplement parce que j’avais réellement vécu ces problèmes de gestion du temps, d’équipe ou de coordination. Le clivage était terriblement grand entre les théories qu’on m’avait enseigné et les situations que je vivais.

Je ne dis pas que tout est bon à jeter. Lors de mes expériences en entreprise, il y a des matières qui m’ont vraiment servi : la comptabilité, les cours sur Excel, le marketing… Je dis simplement que les livres ne font pas tout. Il y a des situations qu’il faut vivre. D’ailleurs, les entreprises accordent de plus en plus d’importance à la motivation et la pro-activité. Ce qui n’est pas si mal.

Oui, je me plains. MAIS…

Critiquer est une chose, mais il ne faut pas s’arrêter là. Ayant étudié en France, je réalise que j’ai eu énormément de chance. A ce jour, le système éducatif français reste selon moi, l’un des plus justes et équitables.

En France, nous avons cette chance incroyable d’avoir tous accès à l’enseignement. L’école primaire et secondaire est gratuite. A l’université, les moins favorisés peuvent bénéficier de bourses : bourses nationales, départementales ou régionales, bourse à la mobilité (lorsque vous partez à l’étranger faire vos études) ou bourse Erasmus (dans le cadre d’un échange européen)… Toutes les mesures possibles sont mises en place pour permettre à tous d’avoir les mêmes chances.

Peut-être que la France a compris que l’éducation nécessitait d’être régulée pour permettre un système équitable et juste. Que le savoir est le moteur du développement social et économique.

Ou peut-être que c’est purement culturel. Peut-être que la France a toujours accordé de l’importance à la connaissance. Que l’intervention de l’Etat dans ce secteur est consubstantielle aux valeurs culturelles de ce pays.

Dans cette logique, l’esprit entrepreneurial et la notion de “self-made man” propre à la culture libérale anglo saxonne, pourraient justifier la faible intervention des gouvernements dans leurs systèmes éducatifs. Education qu’ils n’associent pas forcément à la réussite sociale et professionnelle. Cela justifierait pourquoi ces Etats délaissent l’enseignement et préfèrent laisser les lois du marché déterminer qui aura ou non accès au savoir…

Commentaires

Commentaires

Q3

Q3

Comments

No Comments Yet! You can be first to comment this post!

Write comment