Raciste pour le bien de sa patrie – Ma réponse à l'humiliation virtuelle
septembre 29, 2013
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Raciste pour le bien de sa patrie – Ma réponse à l'humiliation virtuelle

Il est simple pour quelqu’un avec une notoriété, de cracher sur les petites gens. Il est simple pour lui de diffuser sa vision des choses sans que cela ne passe pour de la propagande. En un claquement de doigts, il prend une personne en partie et la lynche publiquement, sans que cela ne passe pour du harcèlement moral. Par leur aisance dans la manipulation des mots, ils transmettent leur haine et leur paranoïa. Ces individus sont les auteurs des préjugés, de l’intolérance et du racisme.

Rassurez-vous, c’est la même merde partout

L’islam prend cher. Dans les médias, sur internet, en France, au Québec, partout. Quelque part, c’est bien connu: ce sont des voleurs, menteurs, profiteurs, sexistes et par dessus tout, des terroristes. Tout comme l’asiatique est bon en maths, sait coudre et se nourrit uniquement de riz. Ou le juif est avide et opportuniste. Mais attention! Le juif, faut pas y toucher. Sinon c’est crime de guerre.

Faut-il espérer une 3eme Guerre Mondiale pour mettre enfin un terme à toute cette haine? Faut-il attendre le pire pour réaliser qu’on est allé trop loin?

Deux minutes de réflexion

Toute attaque raciale, est une attaque en ma personne. Même quand il s’agit d’une ethnie, d’un peuple, d’une culture différente de la mienne, nous avons ce caractère en commun: nous sommes des immigrés.

Je suis née au Vietnam mais j’ai grandi en France. Logiquement, ma langue maternelle est le vietnamien. Dans la pratique, je parle mieux anglais que vietnamien… Bien que physiquement je ressemble à une asiatique, je ne peux pas vraiment me qualifier en tant que telle. Mais mes yeux bridés et mon teint mate font que je ne puisse pas non plus me qualifier de française. Culturellement parlant, c’est le même dilemme. Il y a autant d’éléments que je proscris dans la culture asiatique, qu’occidentale.

Intentionnellement ou non, les autres ont contribué à mon problème identitaire. A l’école, j’ai eu le droit aux “face de citron” et compagnie. Au Vietnam, on me demande souvent si je ne suis pas une pute – sous prétexte qu’une asiatique en compagnie d’un blanc, est forcément une prostituée. Au sein de ma propre famille, j’ai souvent l’impression d’être une étrangère. Ma mère ne comprend pas que je puisse sortir avec des garçons sans vouloir me projeter sur un éventuel futur. Je ne comprend pas que mes parents soient toujours ensemble, sous prétexte que c’est pour “l’équilibre de la famille”.

Je suis un amalgame de cultures, en opposition les unes aux autres. Je suis un mélange de tout et de n’importe quoi. Je suis le fruit de la mondialisation et de l’immigration massive.

La pêle-mêle culturel que constitue ma personne, sous-entend que jamais, je ne me sentirai appartenant à un “peuple” spécifique. Je n’ai pas, et n’aurai jamais une seule et unique identité ethnique, culturelle et morale. Pour ceux qui crient haut et fort “les étrangers, chez eux”, j’aimerai qu’ils me disent où c’est mon “chez moi”. Parce que moi même, je cherche toujours.

En quoi l’enfant né en France avec des parents algériens est différent? Mis à part qu’il ait des origines musulmanes, évidemment.

Si on prend le problème à l’envers

A Saïgon, ce sont des centaines, si ce n’est des milliers, de blancs à s’expatrier chaque année. Avec une conversion monétaire en leur faveur et un salaire mensuel souvent 10 fois supérieur à celui d’un vietnamien moyen, ils se permettent des choses qu’ils ne pourraient jamais se permettre en occident. Un professeur d’anglais touche un peu près $20/heure. Avec une semaine à 30 heures (ce qui est plutôt gentillet), il empoche une coquette somme de $2,400 mensuelle. Ma mère est infirmière (avec probablement un niveau d’étude supérieur à celui de quelques uns d’entre eux) et touche $500. Avec cette somme, elle réussit à entretenir une famille de trois personnes. Je vous laisse imaginer ce qu’il est possible de faire avec $2,000.

L’ironie dans toute cette histoire, c’est que ce sont ces mêmes individus qui nous ont colonisé il y a moins d’un demi siècle. Ce sont ces mêmes personnes contre lesquels nous nous sommes battus et avons perdus prêt de 3 millions de civils.

L’argent serait étroitement lié au pouvoir. Puisqu’ils ont souvent des salaires de ministre, ils se permettent de nous traiter comme des moins que rien; nous serions des sauvages à cause de nos coutumes et notre culture. Néanmoins, ils reviennent et s’installent, et cela ne les empêche pas de nous insulter publiquement et d’engrosser nos filles.

N’est-il pas facile d’avoir un discourt de la sort? Est-ce pour autant excusable? Non.

Même si l’immigration comporte ses contreparties, on en oublie souvent les bons côtés. Au Vietnam, nous manquons de main d’oeuvre qualifié. Souvent, les expats qui viennent ici sont stagiaires et représentent de réelles opportunités pour les entreprises vietnamiennes qui désirent s’ouvrir au marché mondial.

D’autant plus, qu’ils sont des milliers chaque année à entreprendre une activité professionnelle sur le sol vietnamien, à créer des richesses et de l’emplois.

Pour les utopistes qui estiment qu’il leur est légitime d’avoir une immigration choisie et optimisée pour leur côté de l’échiquier: réfléchissez deux minutes.

La gagnant de toute cette histoire ne sera pas celui qui gueulera le plus fort. Ce sera celui qui laissera son égo de côté et entamera une vraie démarche de négociations. Parce que oui; tout est une question de compromis et l’effort doit venir des deux côtés. 

Je ne me sens pas intégrée, c’est donc moi la fautive

On blâme les immigrés de ne faire aucun effort. On les accuse de tous les maux de notre système. La moindre contestation est un signe de rébellion et de racisme envers le pays d’accueil.

S’est-on déjà demandé les vraies causes de leurs colères? N’y aurait-il pas un problème dans notre système d’intégration?

Il est tellement simple de blâmer les autres sans se regarder dans le miroir.

Le cercle vicieux de la haine

Par nature, nous aimons la polémique. Après tout, quoi de mieux pour rassembler les troupes, qu’un mouton noir sur lequel on peut déverser toute la rage que l’on porte au système? Dans un climat d’instabilité économique, sociale et politique, il suffit d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres.

Alors, ça commence par un commentaire Facebook:

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Devant la violence des propos de cette jeune fille, l’auteur en question ne se fait pas désirer. Aussitôt, il publie cette capture d’écran telle quelle et n’hésitent pas à divulguer publiquement les données personnelles de cette jeune femme dont son nom de famille, ses photos Facebook et un lien vers sa page.

Raciste ou non, personne ne mérite un tel châtiment. Qui sommes-nous pour détruire l’identité de qui bon nous semble? Je vous rappelle le cas de la petite Amanda qui s’est suicidée à cause d’un chantage en ligne. Vous me direz que le contexte est différent et qu’ici, sous prétexte qu’il s’agisse d’une offense publique, le harcèlement moral est justifiable. Je vous rappelle néanmoins sa définition:

Conduite abusive qui par des gestes, paroles, comportements, attitudes répétées ou systématiques vise à dégrader les conditions de vie et/ou conditions de travail d’une personne.

Wikipédia.

Je ne sais pas au Canada, mais en France, c’est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000€ d’amende.

Cela aurait-il changé quelque chose de flouter le nom de famille de cette jeune fille et d’enlever sa photo de profil? Pourquoi avoir publié ses photos Facebook en premier lieu? Suis-je la seule à voir cela comme de la haine et de la méchanceté gratuites? Quel intérêt si ce n’est par pure fanatisme, de lyncher publiquement une personne? Est-ce le travail d’un chroniqueur, d’un journaliste ou d’un blogger?

C’est à ça que ressemble le Québec? A une immense chasse aux sorcières?

Plus bas dans l’article, il ajoute:

Expédions-la vers l’un des trous arriérés où sa charia adorée est en vigueur et où elle pourra vivre heureuse dans l’oppression femmophobe à laquelle elle aspire […] Nous avons infiniment plus en commun avec un Moldave, un Zimbabwéen ou un Cambodgien qui ne parle pas un mot de français qu’avec un Maghrébin francophone qui adhère à la charia (comme c’est le cas, par exemple, pour 83 % des Marocains).

D’après cette article.

L’ironie dans tout ça, c’est que ce sont ces mêmes gens qui se disent humanistes. Pourtant, ce sont eux qui mettent de l’huile sur le feu, sans proposer en rien à ce qui pourrait ressembler à une solution viable et réaliste. Ce sont ces individus qui prônent la liberté d’expression mais qui interdisent la moindre remarque ou le moindre contre-argument. Et le plus drôle dans tout ça: ce sont ces mêmes individus qu’on emploie dans des postes du Ministère des Affaires Etrangères.

Répondre à l’intolérance par l’intolérance, est l’application de l’expression “oeil pour oeil, dent pour dent”. Malheureusement pour ces cowboys (et heureusement pour la civilisation), le temps des Westerns où chacun faisait régner sa loi, est révolu.

Si ces agissements sont les illustrations des termes “liberté d’expression”, “ouverture d’esprit”, “tolérance” et “humanisme”, il faut croire que je ne parle pas le même dialecte.

 

Moi qui suis le fruit d’une infidélité culturelle, je me sens personnellement visée par ces étalages de haine et d’intolérance. Tout comme le Pakistanais, le Marocain ou le Péruvien résidant “chez vous”, je suis moi-aussi une étrangère dans mon pays de résidence.

Cela me montre l’ampleur de l’étroitesse de l’esprit humain, de son individualisme et de son besoin de violence permanent. Je suis triste de voir qu’après toutes ces guerres, nous n’avons toujours pas retenu la leçon. L’optimiste que je suis en prend un sérieux coup.

Ce qui m’attriste le plus n’est pas particulièrement ces individus pleins de haine et de rancoeur qui s’auto-proclament “justiciers”. Ce sont plutôt ces 3 mille individus qui “aiment” et partagent ce genre de contenu.

Aujourd’hui, je suis en deuil. Une nation qui me semblait pacifique, sage et raisonnée, finit par avoir les mêmes agissements des protagonistes qu’elle dénonce. Si ce n’est pire. Je suis en deuil, parce que ce sont des mots comme ceux-ci, qui brisent en 1000 morceaux le reste d’espoir que j’aie en l’espèce humaine.

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